Afin de proposer une offre de médiation diversifiée, le couvent des Cordeliers va être doté d'audioguides qui permettront aux visiteurs de découvrir le monument à leur rythme.
La mise en place de ce nouveau matériel a été confiée à l'entreprise Orphéo. Un planning de travail est établi en amont s'étalant sur plusieurs mois entre les équipes d'Orphéo et celles du couvent.
Le premier rendez-vous a été la présentation historique du monument par notre chargée de médiation Justine à Harold, rédacteur en chef.
Rencontre avec Harold
Rédacteur en chef d'Orpheo, Harold partage ici son parcours, son métier et son entreprise.
Pouvez-vous vous présenter ?
Bien sûr ! Je m’appelle Harold, j’ai 38 ans, et je suis originaire de Bordeaux. Après avoir suivi un cursus en Histoire de l’art entre Bordeaux et Paris, j’ai obtenu mon diplôme à Paris IV-Sorbonne. En parallèle de mes études, j’ai intégré Orpheo… c’était il y a une quinzaine d’années. J’ai d’abord travaillé en tant qu’agent d’accueil chargé de la distribution des audioguides, ce qui m’a permis de partager les nombreux retours d’expériences des visiteurs, et puis j’ai eu l’occasion de commencer à rédiger des adaptations et des écritures pour certains projets de médiation.
De fil en aiguille, je suis devenu rédacteur en chef d’Orpheo. Aujourd’hui, si je fais le compte, j’ai dû travailler sur plus d’une centaine de projets en tout genre, que ce soit pour des institutions « modestes » ou pour les plus grands musées et monuments parisiens.
En quoi consiste votre métier ?
On va dire qu’il s’agit d’un métier protéiforme, puisque tout dépend de la nature du projet ou de la structure qui fait appel à nos services. Bien sûr, j’ai toujours un rapport privilégié au texte. Je dois mettre en forme (ou superviser la mise en forme) et donc cela passe par écrire, adapter ou réécrire un texte qui sera ensuite intégré à un audioguide, à un visioguide, ou dans une application de visite. Mais le texte seul n’est pas l’unique finalité de mon travail. Dans le cadre d’un projet multimédia, je dois veiller à ce que les visuels (de quelque nature qu’ils soient) s’articulent bien au propos général. Il y a un vrai travail de concertation et de conseil avec les clients sur ce point. Une sorte de suivi éditorial en quelque sorte.
Il faut dire aussi que nous travaillons aussi bien avec des entreprises privées, des communes ou des communautés de commune, qu’avec des musées ou des espaces d’expositions. L’idée principale est toujours la même : nous devons guider le client dans la mise en forme de sa médiation.
Que souhaite-t-il transmettre à ses visiteurs ? Comment compte-t-il s’y prendre ? Quelles sont ses contraintes ? Ce sont quelques-unes des questions que nous posons au début de chaque projet. Une fois ces jalons posés, nous pouvons déterminer la nature du travail à apporter au texte transmis. Si c’est une adaptation, je veille à ce que le texte du parcours soit viable à l’écoute.
Cela passe donc par une oralisation, un calibrage précis, et une volonté de rendre le propos attrayant. Dans le cas d’une réécriture ou d’une écriture, je pars d’un peu plus loin : le client nous transmet de la documentation, et mon rôle consiste alors à lui donner vie et à la structurer, c’est-à-dire à bien répartir les informations d’un point d’intérêt à un autre. Et puis parfois la créativité est à l’œuvre ; c’est notamment le cas lorsqu’il faut scénariser un texte, créer une histoire crédible avec des personnages et leur donner vie tout au long d’un parcours.
Quelles qualités sont requises pour exercer votre métier ?
Sans hésiter, en premier lieu, la curiosité ! Sans curiosité il n’y a pas de questions, et ce sont justement les questions que l’on pose qui permettent de lever des doutes, d’apprendre de nouvelles choses, et parfois de déceler de l’inattendu là où l’on pensait tout savoir.
Avec la curiosité vient naturellement l’écoute, qui est primordiale pour éviter tout malentendu sur la ligne éditoriale choisie.
Et de toute évidence, il faut aussi être à l’aise avec l’idée d’écrire, parfois d’écrire beaucoup, dans des laps de temps très courts, sur des sujets qui peuvent aller des premiers établissements humains du néolithique aux peintres néerlandais sulfureux vivant à Rome au 17e siècle, en passant par les oiseaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée, la peinture abstraite de Zao-wou-Ki, ou encore la question de la représentation des corps noirs dans les arts. C’est un métier qui puise loin dans le spectre de la connaissance, car nous travaillons pour des institutions très diverses, donc je dirais qu’il faut aussi être capable de passer « du coq à l’âne » en quelques heures seulement, sur une même journée de travail. Bien sûr, pour des projets très spécifiques, nous faisons aussi appel à des rédacteurs spécialisés.
Enfin, il faut aussi avoir le sens de l’humain, car les institutions souhaitent de plus en plus diversifier la mise en forme de leurs médiations. Depuis quelques années, les parcours au format « podcast » fleurissent, ce qui implique de réaliser des interviews. Et lors de ces enregistrements, il faut savoir mettre à l’aise son interlocuteur, aller chercher les sous-textes ou les non-dits. Et l’on revient ici à la curiosité et à l’écoute !
Quelles sont vos méthodes de travail ?
A dire vrai, je ne sais pas si j’ai une méthode de travail particulièrement définie, une méthode « en soi ». Ce sont souvent les projets qui déterminent la marche à suivre, notamment avec les réunions « sur site » (quand on se déplace pour visiter le lieu et s’imprégner de son atmosphère, comme cela a été le cas pour Charlieu).
D’ordinaire cependant, il y a effectivement ce que j’appellerais plutôt un rythme de travail, et c’est ce rythme qui conditionne la méthode : on débute par une réunion de lancement pour bien définir les attendus du client, puis on se rend sur place pour « rencontrer » le site lors d’une visite guidée, enfin on réceptionne la documentation, on la lit, on la synthétise, et on propose des trames, c’est-à-dire des chemins de fer dans lesquels sont réparties les thématiques à aborder.
Une fois cette trame validée, on s’attaque alors à la rédaction pure et dure, qu’on fait ensuite relire, amender et valider de nouveau, pour être bien certains que le texte tienne la route sur le plan scientifique. Puis vient le choix des comédiens pour interpréter et incarner le texte. C’est une étape très importante car souvent les clients ne se rendent pas compte, à la seule lecture du texte, de ce que pourra être le résultat final. Enfin, les enregistrements ont lieu, dans diverses langues en fonction des projets, jusqu’à l’installation finale sur site !
Pouvez-vous nous présenter l’entreprise pour laquelle vous travaillez ainsi que son expertise ?
Orpheo est une entreprise française, historiquement installée à Grenoble, et aussi depuis deux décennies à Paris. Désormais, on trouve plusieurs bureaux (des filiales) un peu partout dans le monde, ce qui fait d’Orpheo un acteur majeur des solutions d’aide à la visite. Son rôle est d’accompagner toutes les institutions désireuses de créer ou de remodeler des visites audio ou multimédia, mais aussi de proposer des expériences immersives. Notre but c’est vraiment de proposer le matériel et les contenus les plus adaptés aux institutions qui font appel à nous, et de garantir une expérience visiteur de qualité. Aujourd’hui Orpheo développe également son pôle applicatif et son pôle vidéo, en participant, par exemple, à la création de « mappings » sur des monuments ou sur des paysages à interpréter.
Au départ, l’entreprise produisait et assemblait surtout du « hardware », en l’occurrence du matériel d’écoute ; donc des audioguides, mais aussi des transmetteurs radio pour visites guidées (des audiophones). Il faut dire qu’il y a une vraie expertise en ingénierie et en informatique chez Orpheo, et c’est d’ailleurs ce qui explique son installation à Grenoble, où l’on trouve de nombreuses entreprises qualifiées dans les domaines électroniques.
La suite logique, c’était de produire les contenus, que les institutions délèguent de plus en plus. Et c’est là où j’interviens en tant que rédacteur en chef. Il y a aussi chez Orpheo la volonté de rendre la culture accessible à toutes et tous, et pour cela on veille à produire du matériel et des contenus adaptés aux personnes en situation de handicap visuel ou auditif. Et puis avec le temps, les nouveaux usages liés aux smartphones et le développement de la médiation et du tourisme, on a commencé à produire aussi des logiciels, le « software », et donc des applications de visite.
Enfin je dirais qu’Orpheo c’est aussi un accompagnement humain, un accompagnement de service, puisque dans le cadre de certains contrats nos agents peuvent distribuer et entretenir le matériel sur les sites culturels ou touristiques. Ils répondent alors aux questions des visiteurs, et s’assurent bien que tous soient satisfaits dans leur découverte des lieux. Et ça c’est quelque chose d’essentiel ; garder le lien avec le visiteur, et être sûr qu’il repartira avec un peu de ce qu’on souhaitait lui apporter.